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Sectes : tous les critères
de définition sont-ils objectifs ?
par Marco
Préambule
Le texte qui
suit est long et fastidieux, sans parler du fait qu'il ne
traite qu'indirectement le sujet du mormonisme. Je dirais
qu'il s'adresse davantage à celles et ceux qui s'intéressent
aux problèmes de fonds (méthodologiques
et philosophiques) sur la question des sectes et des critères
à user pour les discriminer. A ceux qui entreprennent
de le lire, je leur souhaite bonne chance et leur rappelle
que leurs commentaires et remarques sont les bienvenues.
Juillet 2003
Introduction
Les sites
anti-sectes pullulent sur "le net" francophone. Leur mission
est souvent honorable car ils cherchent à sensibiliser
familles et individus aux dérives dangereuses de
certains groupes religieux. Trop
souvent, des hommes, des femmes, et parfois des adolescents
sont embrigadés dans des mouvements destructeurs,
tant pour la santé intellectuelle, que - pour les
cas les plus extrêmes - le corps physique.
Malheureusement, comme c'est toujours
le cas lorsqu'une bonne initiative voit le jour, des organisations
(religieuses ou non) profitent de cette lutte contre les
mouvements a posteriori dangereux pour tenter de
nuire à des Eglises ou des mouvements religieux honorables,
mais pas conformes à leur vision du monde, de Dieu
et de l'Humain.
De manière arbitraire, certains individus classent
dans la catégorie des sectes ces religions qui ne
leur plaisent pas, sur la base de critères qu'ils
ont subjectivement privilégiés à d'autres.
En un mot,
dans cette optique, n'importe qui peut classer la religion
d'autrui dans les sectes simplement parce qu'elle "dérange".
Si ce sujet me préoccupe, c'est d'abord parce que
l'Eglise
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours
est parfois concernée par les agissements et écrits
de ces individus. Ensuite, la question des critères
m'intéresse tout particulièrement depuis que
je me suis intéressé à l'épistémologie
générale (philosphie de la science et de l'acquisition
des connaissances). Je n'ai que rarement manqué l'occasion
de me pencher sur les bases discriminatoires que proposent
certaines de ces organisations anti-sectes. Le texte qui
suit n'est autre que le fruit de ma pensée et de
mes interrogations sur ces critères de sélection.
J'invite le lecteur à se poser lui-même quelques
questions, et peut-être arrivera-t-il à la
même conclusion que moi : certains sites et certaines
organisations anti-sectes ont des critères que très
peu objectifs, les menant à des conclusions peu valables
et à des jugements pouvant eux-mêmes être
qualifiés de... sectaires. Sans parler du fait que
leurs propos ont tendance à créer du fanatisme
et de la paranoïa chez les plus influençables.
Je développerai ce sujet de la manière suivante:
je m'arrêterai d'abord sur la notion d'objectivité
et de subjectivité; après quoi je prendrai
une liste de critères émanant d'un site évangélique
et à laquelle j'opposerai quelques questions qui
me semblent pertinentes; je continuerai avec une liste de
critères personnels et farfelus qui, pourtant, pourraient
autant se justifier que ceux battus en brèche précédemment;
je concluerai sur une liste de critère plus objectifs,
suivie d'une synthèse et d'une proposition de réflexion
sur ces problèmes.
Objectivité
vs. subjectivité
Pour commencer,
deux définitions pour éclaircir les notions
d'objectivité et de subjectivité :
L'objectivité,
fait référence à ce qui n'est pas lié
au sujet, mais à l'objet. En d'autres termes,
un discours objectif se soucie de présenter un fait
ou un argument, en se détachant de toute idéologie
ou pensée pouvant discréditer, voire falsifier
la vérité intelligible. L'objectivité
est directement opposée à la partialité
et la subjectivité.
La subjectivité
au contraire fait appel au sujet. Le discours subjectif
est un discours où l'opinion, l'idée voire
l'idéologie, parfois le préjugé et
la partialité, prévalent. La subjectivité
n'est pas nécessairement négative : elle est
une partie intégrante de nous-même. Cependant,
elle devient dangereuse lorsqu'elle est dogmatiquement et
irrémédiablement encrée, ou pire encore
: lorsqu'elle est présentée comme un discours
objectivif.
A titre personnel, je ne crois pas en l'objectivité
absolue; elle nous échappe toujours; continuellement,
des paramètres que nous ne pouvons soit percevoir,
soit comprendre pleinement, sont écartés et
faussement jugés. En cela je rejoins l'idéologie
kantienne sur le noumène et le phénomène
: seul le noumène, en tant que réalité
impartiale et exhaustive, est totalement objectif - mais
tout autant inatteignable; le phénomène, la
réalité telle que nous la percevons et tentons
de la comprendre, ne peut être que partiellement objective,
et surtout subjective. Il semble donc que l'Etre
humain soit condamné à errer entre une
subjectivité partielle et une "objectivité
partiale". L'objectivité totale (et nouménale)
est, à mon avis, le pendant seul de Dieu,
à qui tout jugement est donné - heureusement
d'ailleurs.
Puisque l'objectivité ne peut
jamais être totalement atteinte par un quelconque
mortel, nous devons donc nécessairement conclure
que ce que l'on appelle communément "objectivité"
n'est autre que la subjectivité mise en commun
d'un nombre important d'individus doués d'un jugement
similaire. Du moins, il en est ainsi pour ce qui
est de l'éthique, et des sciences spéculatives
ou - pour reprendre une notion de T. S. Kuhn - pré-paradigmatiques.
Pour ce qui est des sciences dites hypothético-déductives
("de la nature", ou "pures"), d'autres critères viennent
s'y ajouter, mais ici n'est pas l'endroit pour en discuter.
Qu'on se souvienne seulement que ce qui est appelé
"objectivité" est simplement l'avis du plus grand
nombre sur un sujet donné; dès lors,
la mise en garde du philosophe français René
Descartes devraient nous rester en mémoire:
La
pluralité des voix n'est pas une preuve qui vaille
rien pour les vérités un peu malaisées
à découvrir, à cause qu'il est bien
plus vraisemblable qu'un homme seul les ait rencontrées
que tout un peuple.1
Mais je n'irai pas plus loin sur ce sujet; les quelques
notions revues ci-dessus me permettent d'entrer dans le
vif du sujet et d'approfondir le problème dse classifications
selon des critères soit-disant objectifs.
Lorsqu'un texte propose de passer en revue une religion,
les questions qui devraient rester présente à
l'esprit du lecteur tout au long de son étude est
: l'auteur tend-il vers l'objectivité ou
la subjectivité? Parle-t-il de ce sujet dans le but
de me faire découvrir avec le plus de neutralité
possible cette religion, ou essaie-t-il, pour des raisons
qui lui sont propres, à me décourager d'en
connaître réellement l'essence?
La réponse à cette dernière
question n'est pas toujours évidente à établir.
Certains auteurs affirment faire preuve - soit dans une
introduction, soit dans une conclusion, soit tout au long
de l'étude - d'une grande impartialité, et
se réclament de l'objectivité. Mais telle
est peut-être le premier indice de la subjectivité
: un auteur ne reconnaîssant pas sa partialité
et cherchant à convaincre le lecteur de la valeur
objective de son étude. De tels propos, ou sous-entendus,
devraient d'office inviter à la prudence.
Pour nous recentrer sur la question des critères
de discrimination des sectes, nous devrions nous poser les
questions suivantes
- Qui est
à l'origine des critères ?
- Quel est
son point de vue général sur la religion,
l'Eglise ou la secte dont il propose l'étude ?
- L'idéologie
de l'auteur est-elle radicalement et ouvertement opposée
à celle du mouvement étudié ?
- Les critères
se fondent-ils sur une base rassemblant un large consensus
(recherche d'objectivité) ?
- Les critères
sont-ils suffisamment larges pour ne pas exclure tout
ce qui est différent ?
Avec ces questions en mémoire, je nous propose que
nous passions en revue une liste de critères qu'un
certain site évangélique2
utilise pour discriminer les sectes des mouvements religieux
honorables. Nous aurions pu prendre d'autres exemples, mais
celui-ci m'a paru particulièrement éloquent.
Exemple
de critères farfelus : un site évangélique
Avant d'aller
plus loin, je dois mettre quelque chose au clair à
propos du sous-titre ci-dessus. Certains lecteurs se diront
peut-être que je m'en prends à une religion
entière et à ses membres. Tel n'est pas le
cas. Je compte parmi mes amis quelques Evangéliques,
respectueux tant de ma foi que de la foi des autres, vivant
dans une saine espérance chrétienne et dans
une tolérance exemplaire vis-à-vis de la croyance
d'autrui. Si je les ai vus quelques fois évangéliser,
ce n'était pas en détruisant au préalable
la croyance d'autrui, mais plutôt en partageant des
expériences personnelles et en construisant sur des
bases communes. Cette attitude inspire le respect, quelque
soit par ailleurs la religion dont sont issus les membres
qui la prônent et la pratiquent.
En revanche, pour une raison que j'ignore
et qui m'échappe totalement, ce sont des sites évangéliques
qui sont, aujourd'hui du moins, les plus actifs dans la
lutte contre la doctrine des non-évangéliques;
ce sont des sites évangéliques qui, au nom
de la lutte contre l'hérésie, rappelant vaguement
une certaine chasse aux sorcières menée par
une autre Eglise à une autre époque, cherchent
à décourager tant leur coreligionnaires que
les non-Evangéliques à s'intéresser
à d'autres doctrines que les leurs. Ces "autres"
doctrines, ce sont en règle générale
celles des Témoins de Jéhovah, des Catholiques,
des Adventistes du Septième Jour, des Mormons, des
Musulmans, et j'en passe. J'ai vu des Témoins de
Jéhovah utiliser vaguement quelques pseudo-arguments
anti-mormons, j'ai vu quelques Musulmans utiliser de manière
douteuse la Bible pour imposer le Coran, mais dans aucune
autre religion ou Eglise je n'ai vu un tel déploiement
de zèle pour discréditer les croyances d'autrui
que dans certains courants Evangéliques.
Mais ici n'est pas l'endroit pour faire
un procès d'intention. Simplement, gardons à
l'esprit que ce manque de tolérance et de distance
idéologique influence nécessairement les critères
de discrimination, tels que ceux que nous allons à
présent étudier..
La revue que je propose ci-dessous comporte, à l'image
d'une revue de sites, deux colonnes : l'une proposant des
critères de définition (colonne "critères"),
et l'autre des questionnements et des réflexions
sur le bien-fondé desdits critères (colonne
"réflexions").
| Critères |
Réflexions |
Nous
faisons une différence entre les 3 items ci-contre.
- Les grandes religions
- Les sectes issues
de la chrétienté (on parle surtout
au niveau doctrinal. Il y a des mouvements avec
des doctrines orthodoxes mais avec une attitude
sectaire, nous ne toucherons pas ces groupes
mais uniquement ceux qui s'attaquent à
la saine doctrine)
- Le mouvement occult
|
Le
préambule mérite déjà
qu'on s'y arrête.
L le site propose que l'on distingue 3 types de
mouvements religieux : les grandes religions, les
sectes et les mouvements occultes.Mais
qu'en est-il lorsqu'on se penche sur les critères
expliqés plus loin ? On se rend compte qu'il
n'y a en fait que deux items: "nous" et
"les autres", qui sont des sectes. Dans
les critères qui suivront et qui définissent
une secte, aucune grande religion (Boudhisme, Islam,
Indhouisme, Catholicisme, etc.) ne peut montrer
patte blanche. Elles aussi sont, indirectement,
rangées dans la catégorie des sectes.
Le contenu même du paragraphe ci-contre dit
que seules les sectes s'attaquant "à la saine
doctrine" sont concernées par l'étude.
Hors, qui attaque la saine doctrine ? Si ce ne sont
pas les grandes religions (item N°1), ce sont
donc les sectes; c'est indirectement affirmer que
les grandes religions enseignent "la saine doctrine".
Chose burlesque puisque, en consultant davantage
le site, on se rend compte que même les "grandes
religions" sont considérées comme
hérétiques, et donc, selon leurs propres
critères : sectaires. Ici, on affirme donc
faire une "différence", mais dans les faits
ce n'est pas vraiment le cas.La contradiction est
remarquable, et je pense que ça valait la
peine de la relever. Les auteurs semblent chercher
en préambule à mettre dans une catégorie
les "gentils" ("nous plus quelques
autres") et dans une autre les "méchants"
("les hérétiques sectaires"),
mais en fin de compte le "nous" ne regroupe plus
que les chrétiens de la mouvance Evangélique... |
| Comment
reconnaître une secte? |
Selon
ce site, une secte est donc tout ce qui répond
adéquatement aux questions et critères
qui suivent. |
| La
Bible est-elle
la seule autorité ou y a-t-il un autre ouvrage
l’égalant ou le seul à pouvoir
l’expliquer? |
La
question est accompagnée de quelques exemples
: les Témoins de Jéhovah et leur Tour
de Garde, les Mormons
et le Livre
de Mormon, etc. Si
la Bible est le seul livre qui puisse être
à la base d'une Eglise ou religion honorable,
nous devons nécessairement en conclure que
l'Islam est une secte, que le Bouddhisme également,
que l'Eglise Catholique (accompagnée de son
cortège d'écrits apocryphes, et ses
commentaires des Pères de l'Eglise) aussi,
etc. Ce seul a priori élimine déjà
l'item N°1 (les grandes religions) précédemment
discuté.
De plus sur quoi se base-t-on pour affirmer que
seule la Bible doit faire autorité? Pas sur
la Bible, en tous cas, puisque la Bible, telle qu'elle
existe aujourd'hui n'a vu le jour qu'au IVe siècle
après Jésus-Christ.
Doit-on comprendre que les Chrétiens des
4 premiers siècles adhéraient à
une secte hérétique ? L'Eglise se
basait, du moins au premier siècle, sur les
écrits de l'Ancien Testament, sur les Evangiles
(quand elle les avait), sur les révélations
que recevaient les apôtres, et sur les conseils
et écrits inspirés qu'ils envoyaient
tous azymutes (épîtres). La Bible n'existait
pas; une telle "autorité" n'existait pas.
C'est un a priori infondé. |
| Rajoute-t-on
à la Parole de Dieu? Se pratique-t-il des
choses contraires à celle-ci? |
Toutes
les religions et Eglises répondront "non"
à cette question... parce que la question
elle-même est problématique.Tout
d'abord, qu'est-ce que la "Parole de Dieu" ? La
Bible ? Pour un chrétien Evangélique
peut-être, mais pas pour un musulman ou un
bouddhiste. Un musulman n'a nullement le sentiment
d'ajouter quoi que ce soit à la Bible, puisque
celle-ci n'est pas tout-à-fait la
Parole de Dieu de son point de vue. C'est un premier
problème.
Un autre problème est que la Bible elle-même
n'affirme pas être la seule Parole de Dieu.
Parfois on cite ici ou là des versets qui
laisseraient sous-entendre une telle chose si on
passe dessus sans vraiment faire attention, mais
un étude minutieuse de ces passages fait
effondrer tout espoir de justifier un tel dogme.
La Bible ne peut pas dire une telle chose d'elle-même,
puisqu'elle n'existait pas au moment où s'écrivaient
les textes qui la constituent actuellement. C'est
donc un non-sens.
Ensuite, ceux qui se réclament de la Bible
ont tous un point de vue et une explication différente
sur chaque passage - ou presque. Qu'est-ce que donc
le "contraire de la Parole de Dieu" ? Le contraire
de ce que croient les Evangéliques, les Catholiques,
les Réformés, les Adventistes, etc.
? |
| Y
a-t-il un abaissement de la personne de Jésus-Christ,
cherchant à lui enlever sa nature divine,
à n’en faire qu’un homme ou qu’un
ange? |
Ce
critère est directement dirigé vers
les Témoins de Jéhovah qui croient
que Jésus-Christ
n'est autre que l'archange Michel, et non un Dieu,
ou même Dieu lui-même. Voici donc un
excellent exemple de critère qui vise directement
un groupe religieux précis. Ici, ce n'est
pas le critère qui crée un jugement
à l'encontre des Témoins de Jéhovah,
mais c'est le jugement que l'on porte sur les Témoins
de Jéhovah qui crée un critère.
Bien entendu, les Musulmans sont aussi concernés,
puisqu'ils considèrent le Christ "seulement"
comme un prophète; pour le judaïsme,
c'est encore pire: certains milieux les plus radicaux
le considèrent purement et simplement comme
un imposteur. Musulmans et Juifs seraient donc,
selon ce critère, considérés
comme adhérants à des sectes. |
| Le
salut par grâce, la foi seule, est-il bien
enseigné ou devons-nous rajouter des œuvres
afin d’être sauvé? |
Cette
question part de l'a priori selon lequel
la Bible enseigne que seule la foi est nécessaire
au Salut; en d'autres termes: tout mouvement religieux
enseignant l'importance des actions, des pensées
et des paroles dans le processus du jugement de
Dieu et du Salut (ou de la damnation) qui en découle,
doit être considéré comme sectaire.
Par ce critère, toutes les religions monothéistes
sont concernées, y compris le catholicisme
qui enseigne que le Salut s'obtient tant par la
foi et les oeuvres, que par la Grâce de Dieu.
La Bible elle-même contient de nombreuses
références au jugement de Dieu qui
se fera sur la base des oeuvres (voir
par exemple Apocalypse 22:12); l'idée
selon laquelle notre état dans l'après-vie
dépend uniquement de la foi est issue d'une
lecture partielle de la Bible; en tous cas, il est
clair que la place des oeuvres dans le Salut peut
être aisément défendue par ce
même livre dont se réclament les auteurs
de ces "critères". |
| Y
a-t-il un homme (un gourou?) qui a contrôle
sur presque tout en matière de doctrines
et de biens matériels? Qu’il faut suivre
à la lettre? (Je ne parle pas ici du respect
qu’il faut avoir pour les serviteurs de Dieu
mais d’une dictature qui dérobe le
libre choix et la faculté d’analyser.) |
C'est
le premier critère que l'on peut considérer
être plus ou moins objectif, au sens où
il a l'avantage de rallier un consensus beaucoup
plus large; il y en a encore quelques autres, assez
valables, dont nous allons discuter plus loin.Remarquons
tout-de-même que pour ce qui est du "gourou",
beaucoup ont une idée différente de
ce que serait un tel personnage. En un sens, un
athée pourrait considérer que le Christ
était un gourou pour son époque. On
peut en dire autant pour tous les prophètes
dont on fait écho dans l'Ancien Testament
et dans le Nouveau Testament... |
| Le
groupe cherche-t-il à s’exclure au
lieu de servir la société? Croit-il
qu’il est le seul canal de vérité
sur cette terre? La seule vraie église? Que
tous les autres sont damnés? |
Malheureusement,
le paragraphe ci-contre ne peut être traité
comme une seule et même question; il doit
être scindé au moins en deux partie
(voire en autant de parties que de questions).Pour
commencer : "Le groupe cherche-t-il à s'exclure
au lieu de servir la société?" Il
y a dans cette questions des notions floues : que
veut dire "s'exclure de la société"
? Cela signifie-t-il se couper de sa famille, de
ses amis, et aller vivre en hermite dans une région
reculée du monde, ou est-ce que refuser certains
principes admis à grande échelle est
déjà s'exclure de la société
? Et que veut dire exactement "servir la société"
? Posons cependant que cette première question,
bien qu'imprécise, reste malgré tout
assez objective, en ce sens qu'elle ralliera également
un consensus suffisamment large.
En revanche,
pour ce qui est de la seule "vraie Eglise", ce point
est assez discutable. Indéniablement, les
premiers Chrétiens étaient persuadés
d'avoir quitté le paganisme ou le judaïsme
pour la "vraie religion". De même, l'Eglise
catholique s'est toujours déclarée
comme étant la seule organisation agréée
de Dieu; ce n'est que depuis le Concile de Vatican
II qu'il y a eu un assouplissement de ce côté-là.
Toujours pour prendre l'exemple de l'Islam: la plupart
de ses adhérants sont persuadés être
dans la vérité, et les autres dans
l'erreur. Sont-ils sectaires? Pas forcément.
A la rigueur, on peut penser que c'est un raisonnement
peu tolérant, mais même cet aspect
est discutable: la tolérance, c'est avant
tout concéder à autrui de penser et
de croire comme il l'entend; la tolérance
n'est pas de penser "tout le monde a raison" pour
faire plaisir à autrui... Ainsi, c'est plutôt
un état d'esprit, pas forcément liée
à une doctrine, toute radicale qu'elle soit. |
| Les
liens familiaux sont-ils menacés? Y a-t-il
des pressions en vue du divorce? Empêche-t-on
de voir les membres de la famille, les enfants? |
Un
critère, lui aussi assez objectif, bien que
l'on ne comprenne pas très bien ce que l'auteur
entend par : "Y a-t-il des pression en vue du divorce?"
Parle-t-il de pression pour qu'il y ait un divorce,
ou pour l'empêcher ? |
| Met-on
l’accent sur des points secondaires qui deviennent
la pierre angulaire du mouvement? Signes distinctifs
qui séparent les vrais des faux? |
A
nouveau, il est difficile de voir ce à quoi
fait allusion l'auteur. Est-ce une tentative d'affirmer
que toute doctrine qui n'enseigne pas uniquement
l'amour, ou le Christ,
ou autre chose de basique pour les Evangélique
doit être considéré comme sectaire
? Difficile à répondre. C'est en tous
cas un critère très peu précis
qui peut être interprété de
toutes les façons, selon les sensibilités
et les religions. |
| Christ
est-il le centre du mouvement? Revêt-il toute
son humanité et toute sa divinité?
Est-il le chef du groupe? La croix est-elle son
message central? |
Encore
une fois, on affirme ici que tout ce qui n'est pas
Chrétien (évangélique) est
sectaire. Une fois de plus, les trois catégories
citées en début d'analyse sont scindées
en une seule.
De plus, la question
de la croix est problématique (sans parler
des autres notions floues telles que "centre du
mouvement", "humanité", "divinité",
etc.). On ne sait pas si la question se rapporte
au grand Sacrifice du Fils de Dieu, ou au symbole
de la croix lui-même (symbole qui n'était
pas présent dans les premières assemblées
chrétiennes)... |
| Confesse-t-elle
Jésus comme Seigneur et Sauveur? |
Même
remarque que ci-dessus: ce qui revient à
dire que la grand majorité de l'humanité
est sectaire. |
| Quel
est l’exemple des dirigeants? Manifestent-ils
le fruit de l’Esprit (Galates 5 :22)? Sont-ils
irréprochables? Vivent-ils dans la lumière
ou y a-t-il des choses cachées? |
La
question est assez légitime, et elle peut,
elle aussi, rassembler un consensus assez important.
Attention cependant aux dérives qui peuvent
en découler : nul Etre Humain n'est parfait,
pas même les apôtres et les prophètes
de la Bible; on peut que trop facilement penser
que "irréprochable" signifie "sans erreur,
parfait", ce qui mettrait littéralement toutes
les religions, Eglises, et organisations religieuses
au rang des sectes. |
| Y
a-t-il un respect de la société sans
nécessairement être d’accord
en tout point avec elle (Romains chapitre 13)? |
C'est
peut-être une question assez pertinente, bien
que l'on sente, à nouveau, qu'elle est construite
sur mesure pour les Témoins de Jéhovah... |
| Les
gens donnent-ils librement ou sous pression et menace?
|
Question
assez pertinente, sur laquelle je ne reviens pas. |
| Y
a-t-il redevabilité? Quelle protection existe-t-il
contre les abus? |
On
ne comprend pas ce qu'entends l'auteur exactement
par "Y a-t-il redevabilité?".
Pour ce qui est de la protection des abus : c'est
une question assez originale, bien que l'on voit
mal une religion mettre en place un système
de protection contre les abus réellement
efficace. De plus, ce critère est-il vraiment
pertinent quand on sait que de telles questions
n'ont préoccupé l'humanité
que des millénaires après l'apparition
des religions ? Doit-on penser que les religions
qui ont précédé étaient
sectaires ? |
| Y
a-t-il des initiations mystérieuses? De la
manipulation? |
Encore
une question qui doit être scindées
en deux parties.
"Y a-t-il initiation mystérieuse?" Tout dépend
ce qu'est mystérieux pour les uns et les
autres. Certainement, pour un Chrétien non
averti, les rites Hindouistes sont mystérieux.
Sont-ils sectaires pour autant? Le mystère
aux yeux des uns n'est autre qu'un enseignement
symbolique aux yeux des autres...
De la "manipulation"? Effectivement, c'est un critère
assez justifiable, encore que la notion est relativement
floue et que la manipulation n'est pas toujours
aisée à discerner. C'est également
un argument qui laisse la porte ouverte aux abus
de langage lorsqu'il est question de critiquer le
catéchisme, et tout enseignement religieux,
quelque soit le mouvement... |
Critères loufoques,
critères sérieux
Sur les 16
critères proposés par le site Evangélique
dont nous avons parlé, seuls cinq ou six sont réellement
pertinents. Pour ce qui est du reste des problèmes
soulevés, l'auteur est incapable d'en réellement
démontrer l'aspect nocif pour l'intégrité
physique, émotionnelle et mentale des personnes concernées.
On a en fait plutôt le sentiment qu'on cherche à
éliminer les concurrents par le discrédit,
simplement en mélangeant des critères relativement
objectifs avec des critères purement subjectifs.
Tous les lecteurs ne feront malheureusement pas la différence...
Pour illustrer
brièvement cela, je vais proposer ici, à titre
d'hypothèse de travail, une liste de critères
qui peuvent paraître loufoques pour la plupart d'entre
nous, mais qui auront surtout l'avantage de classer irrémédiablement
ceux qui pensent autrement que moi au rang de "sectes"
:
Une
secte c'est :
- Un groupe ou des individus
qui nient l'existence de Dieu.
- Un groupe ou des individus
qui nient la divinité de Jésus-Christ.
- Un groupe ou des individus
qui ne jurent que par la Bible, la plaçant au-dessus
de tous et de tout, voire au-dessus de Dieu
lui-même.
- Un groupe ou des individus
qui croient que Dieu ne révèlent plus
sa volonté à notre époque, comme
il l'a fait dans le passé.
- Un groupe ou des individus
qui croient que tous ceux qui sont nés avant
le Christ
iront en enfer.
- Un groupe ou des individus
qui affichent une croix à l'entrée de
leurs bâtiments ou lieux de réunion.
- Un groupe ou des individus
qui croient qu'il ne faut rien faire ici-bas pour être
sauvé dans la vie à venir : quoi que vous
fassiez n'aura aucune incidence pour le jugement
juste de Dieu.
- Un groupe ou des individus
qui ne sont pas d'accord avec moi.
Vous
ne voulez pas être carégorisé
comme une secte? Sur la base des critères ci-dessus,
vous n'avez qu'un seul échapatoire: le mormonisme
!
Et voilà comment on met de côté, en
quelques lignes, toutes les croyances et idéologies
gênantes, simplement en les classant dans la catégorie
des sectes. Si on devait prendre les 8 points ci-dessus
au sérieux, alors l'Islam est une secte parce qu'elle
est concernée par les points 2, 4, 6 et 8; l'Eglise
catholique est touchée par les points 4 et 8; etc.
Dans une telle approche, les autres mouvements
sont sectaires parce qu'ils sont différents de ce
qu'untel préconise être le non-sectaire; or
le non-sectaire est dégagé par comparaison
avec le sectaire; c'est ce qu'on appelle une tautologie.
Tout ça n'est,
au final, pas sérieux du tout.
Après avoir fait la démonstration de ce que
n'étaient pas des critères sérieux,
passons rapidement en revue quelques-uns plus objectifs.
Ceux que je propose sont issus du Dr. Shafique Keshavijee,
psycho-pédagogue et théologien de formation,
docteur en science des religions à l'Université
de Lausanne (Suisse), et pasteur de l'Eglise évangélique
réformée du Canton de Vaud (Suisse) :
Une
secte est [...] un groupe religieux perçu comme
dangereux. Comme aucun groupe ne se définit lui-même
comme dangereux, le concept de secte est toujours appliqué
de l'extérieur par un ensemble d'individus à
un autre. Se pose dès lors la grande question des
"critères" de ce qui est dangereux. Puisque
la définition même de la secte naît
d'un désaccord entre groupes d'individus, aucune
unanimité ne peut être dégagée
à propos de ces critères. Voici toutefois
quelques propositions pour qualifier ce qui est dangereux
dans un groupe religieux (et probablement en tout groupe).
Un groupe religieux est dangereux - et les religions historiques
ont pu l'être, peuvent l'être ou pourraient
aussi le redevenir - quand un ou plusieurs de ces facteurs
sont présents :
- Accaparemment
de la plénitude de la Vérité (...).
- Prise
de pouvoir par un ou des "maîtres" (...).
- Invocation
de forces troubles (...).
- Absence
de liberté réelle pour entrer et sortir
du groupe (...).
- Demande
d'argent pour transmettre les niveaux "supérieurs"
de l'enseignement (...).
En un
mot, il y a comportement sectaire - fortement amplifié
dans les sectes et le plus souvent régulé
dans les religions (pas toujours!) - chaque fois qu'il
y a prise de pouvoir dans le groupe sur l'avoir ou le
savoir, l'être ou l'agir de ses membres.3
En outre,
divers auteurs et organisations ont proposé des critères
divers, plus ou moins complémentaires, et plus ou
moins critiquables - bien que loin des élucubrations
émanant du site anti-sectes vu précédemment.4
Conclusion : critères
sauvages = danger ?
On peut bien
entendu hausser les épaules, et se détourner,
un petit sourire fataliste en coin, de ces sites anti-sectes
aux critères pour le moins discutables. Ou on peut
pousser un peu plus loin la réflexion en se demandant
: quel est l'impact de tels procédés ?
L'impact réel sera toujours assez
difficile à la fois à observer et à
conceptualiser. Mais je suppose ne pas être trop dans
l'erreur lorsque j'affirme que les a priori qui
figurent dans ces définitions à partir desquels
on décide ce qui est sectaire de ce qui ne l'est
pas, ont une importante influence : il y a impact sur la
façon d'aborder la religion d'autrui, sur la façon
de l'étudier, sur les conclusions de l'étude
et sur le mode rédactionnel. Enfin, ces préjugés
ont inévitablement un effet sur l'avis des lecteurs,
qui prendront ces informations avec un esprit relatif à
leur situation.
Peut-on donc parler réellement de danger ? Je pense
qu'en plus du fait qu'il y ait un risque dans l'assimilation
injuste de mouvements religieux honorables à des
mouvements sectaires, il y a également un danger
dans la banalisation du phénomène sectaire.
En d'autres termes : à force de crier au loup, à
gesticuler hystériquement sur tout ce qui semble
un rien suspect de prime abord - et à force, enfin,
de condamner à tour de bras tout ce qui dépasse
certaines conceptions subjectives et personnelles de la
religion, on a inévitablement, par exagérations
et répétitions, une discrimination plus difficile
à effectuer entre les mouvements "exotiques" (ou
considérés comme tels) et ceux qui sont réellement
dangereux. Ce qui implique que de telles pratiques (à
savoir de fixer des critères de définition
non-pertinents) ont indirectement tendance à encourager
le phénomène sectaire chez les uns, et à
décourager tout intérêt pour la religion
en général chez les autres. On comprendra
que certains aient peur du phénomène religieux
devant les abus de langage de ces sites, et que de l'autre
côté on trouve des gens plus enclins à
rejoindre de véritables sectes dangereuses après
qu'elles aient constatées que des mouvements assimilées
à tort à des sectes ne se soient pas montrées
aussi nocives que prévu.
Il y a donc bien un danger de banalisation ou au
contraire de méfiance excessive.
Pour ceux qui parviennent à prendre suffisamment
de recul avec les dires de ces organisations et individus,
il est intéressant d'aller plus en avant et d'étudier
leurs articles à l'encontres d'autres groupes religieux
: l'étude tant de la forme que du fond est riche
en informations, à la fois sur les motifs des auteurs
que sur leurs connaissances réelles - pseudo-savoir
qui les oblige très souvent à prendre des
raccourcis injustifiés et les amènent à
des conclusions biaisées.
En attendant, cherchons par l'inspiration du Saint-Esprit
à reconnaître la Vérité là
où elle se trouve. Reconnaissons, dans un esprit
de tolérance les qualités des autres religions
et de leurs membres que nous côtoyons, parfois, sans
le savoir. Soyons tolérants, ouverts d'esprit, et
soyons des investigateurs de la Vérité divine,
sans pour autant perdre notre jugement et notre courage
à trouver le Christ
et son Eglise.
Je témoigne que Dieu nous aime tous, quelque soit
la religion à laquelle nous adhérions. Il
veut que nous soyions heureux tant dans cette vie que dans
la vie à venir; il veut que nous retournions à
Lui, raison pour laquelle il a préparé la
voie, par son Fils Jésus-Christ, afin que nous rentrions
un jour dans notre foyer céleste. Christ vit, il
est notre Sauveur et Rédempteur; puissions-nous tous
marcher dans ses pas, non avec la paix du monde seulement,
mais surtout avec la paix de Dieu.5
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Notes
& références
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Descartes, R.,
Discours de la Méthode, éd. Nathan,
1981 (1998), p. 48. |
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Bureau
de Documentation sur les Sectes et les Religions |
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Keshavjee, S., Religions,
spiritualités et sectes - quelques clarifications
et critères. In: Basset, J.-C., Dutoit, Y.,
Girardet, S. et Schwab, C., Panorama des Religions
- Traditions, convictions et pratiques en Suisse Romande,
Lausanne & Genève: éd. Enbiro &
Plateforme interreligieuse, 2001 , p. 22-23. |
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Une liste d'organisations
et de personnalités proposant des critères
est disponible par le biais de Prevensectes,
à cette
adresse-ci. Les critères du rapport parlementaire
français sont disponible ici.
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Voir Jean 14:27. |
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Première publication :
3 juillet 2003
Dernière mise-à-jour : 27 juin
2005
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Autres liens à consulter
sur ce sujet
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